• #1. Du Mexique à la Colombie

    Du Mexique à la Colombie

    Pays traversés : Mexique, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, Panama, Colombie

    Distance parcourue : 10 100 km (mas o menos)

    Durée : 141 jours

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    Du Mexique à la Colombie

     

    ___Carnet de route___

    Me voilà à la fin de la première partie d'un voyage, qui m'a mené de México à Bogotá.

    Le bilan est forcément très positif, puisque je n'ai rencontré aucune embûche.

    Tout ce que je vais écrire dans cet article sera purement subjectif et résulte de ce que j'ai vécu, vu et entendu au cours de ces premiers mois de voyage. Je n'ai pas de "guide du routard" et me contente de trouver de la documentation sur place, de parler avec les locaux, et je dois dire que je m'en porte très bien.

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    Les débuts demandent une certaine adaptation. On arrive avec une vision et des habitudes européennes, et on doit peu à peu s'adapter à des modes de vie, des cultures très différentes. Il faut aussi s'adapter au voyage, au fait de vivre avec peu d'affaires, sans portable, et constamment à l'extérieur, sans avoir de "chez soi". Mais une fois les habitudes prises, ça roule tout seul ! Le climat aide beaucoup, le soleil permet de se vêtir faiblement, de sécher rapidement ses affaires, et de ne pas craindre les douches froides...

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    Voyager seul n'est pas toujours facile, et j'en profite pour remercier ici tous ceux qui m'aident et me soutiennent depuis la France. Mais cela comporte aussi de nombreux avantages. Rencontrer des personnes, passer du temps avec et se faire inviter pour un verre, un repas ou à dormir est beaucoup plus facile. On progresse aussi plus facilement dans la langue, les conversations sont de plus en plus riches, et on a parfois même la sensation de se mêler à la population locale, et de ne plus se sentir comme un simple touriste.

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    Le budget d'une telle aventure est important, et il faut sans cesse chercher à le réduire. Pour cela, il faut choisir des auberges de jeunesse où l'on va dormir dans des dortoirs ou même des hamacs. L'avantage de ces lieux est qu'on y rencontre d'autres voyageurs, souvent de bons conseils, et qui peuvent partager la route pour un jour, une semaine ou plus...

    Ce voyage a été aussi pour moi l'occasion de découvrir et d'apprécier le site internet de Couch Surfing. C'est de loin le meilleur moyen de rencontrer des locaux pour discuter et découvrir une ville, ainsi que d'économiser une nuit d'auberge et quelques repas quand c'est possible.

    Enfin, certaines fois, il est possible de travailler comme volontaire. C'est toujours enrichissant car souvent bien éloigné de ce que l'on peut vivre au quotidien en France. Cela permet aussi d'économiser encore un peu, et enfin et surtout de sympathiser avec des personnes locales et de vivre avec eux, comme eux.

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    Le voyage permet aussi de voir des paysages uniques et de vivre des expériences hors du commun. Compter des tortues géantes au milieu de la nuit sur une plage ; randonner pieds nus dans une forêt tropicale ; admirer un lever de soleil sur un temple maya et écouter les bruits de la jungle qui se réveille ; plonger à vingt mètres et admirer le récif corallien des Caraïbes ; grimper un volcan en activité ; bronzer sur une plage un premier janvier ; voyager cinq jours en voilier ; manger du poisson grillé et du riz-coco sur une île de vingt mètres carrés ; être réveillé par un tremblement de terre ; danser la salsa ou du moins en donner l'impression et se fondre au milieu de couples de danseurs si beaux car heureux...

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    Le Mexique et la Colombie sont de loin les pays les plus accueillants que j'ai connus au cours de cette première partie de voyage. Je ne veux pourtant pas généraliser, ni même classer les pays par ordre de préférence, il y a de bonnes choses dans chacun, reste à savoir ce que l'on recherche dans son voyage.

    Pour ce qui est des paysages, je pense que les photos du blog parlent d'elles-même. Le Mexique, le Guatemala, le Nicaragua, le Costa Rica et la Colombie regorgent de sites dépaysants et merveilleux. L'Amérique centrale permet de voyager à petit budget et de voir de nombreux sites dépaysants, en se déplaçant sur de faibles distances.

    Le Nicaragua par exemple, est pour moi le pays au plus fort potentiel lorsqu'on fait le rapport du coût de la vie, des sites à voir et de l'accueil de la population.

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    D'un point de vue sécurité, ces pays sont loin de l'image que l'on peut en donner en France. Je n'ai pas éprouvé de réelle difficulté à les traverser. Il faut être prudent, c'est sûr, mais comme dans chaque voyage. Il y a parfois des zones moins sécurisantes, mais il est facile de les éviter en parlant simplement soit avec les locaux soit avec les responsables des auberges. Il est bien sûr recommandé d'éviter d'éveiller les convoitises en se promenant de préférence avec un petit appareil photo, peu d'argent sur soi et en évitant certains quartiers de nuit, notamment dans les grandes villes. Mais finalement, je ne pense pas que ce soit si différent de la France et de villes comme Paris, Marseille ou Toulouse...

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    L'Amérique centrale détient un écosystème riche avec ses plages, sa jungle, sa mangrove, ses montagnes et volcans, ainsi que toutes sortes d'animaux dans les parcs et en liberté, généralement faciles à observer.

    Quand on y arrive depuis Paris, on est d'abord enchanté par les couleurs (des maisons, des vêtements...), les façades des magasins décorées à la peinture, les vendeurs de rue, l'artisanat encore très développé (bois, pierres précieuses et tissus...), l'histoire riche et l'art maya.

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    La musique locale s'écoute fort et contrairement à la France, les radios passent encore peu de tubes internationaux. Le Mexique inonde toute l'Amérique latine de ses chanteurs, aux mélodies répétitives, qui semblent joyeuses mais dont les paroles ne traitent que d'un seul et unique thème : l'amour, le désespoir, et le regret d'avoir quitté la personne tant aimée...

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    La nourriture est elle aussi très différente, surtout par le fait que l'on ne trouve pas vraiment les mêmes aliments que chez nous. Le fameux "arroz y frijoles" (riz et haricots noirs ou rouges) que l'on retrouve dans toute l'Amérique centrale peut parfois sembler un peu répétitif. Mais, je préfère maintenant, et de loin, les "platanos fritos" à nos bonnes vieilles "patates frites" ! Les Mexicains restent les champions de la gastronomie, même s'ils ont parfois la main lourde sur les épices et le piment. La Colombie, nous rappelle un peu à la France par ses boulangeries et ses pâtisseries, et nous permet de reprendre goût aux desserts. Le plus remarquable et appréciable reste de loin la variété et le goût des fruits (bananes, ananas, mangues, papayes, zapotes, lulos, grenadilles, avocats !...) qui n'ont absolument rien à voir avec ce que l'on peut trouver en France.

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    Les grosses voitures et les 4x4 sont nombreux : Il faut dire que certaines routes l'exigent. Enfin, la sensibilisation à l'environnement est encore faible. Les moteurs des voitures tournent même lorsqu'on s'arrête une demi-heure, et les déchets sont jetés un peu partout en bord de route et dans les rues. Le seul effort national réalisé est de consigner les bouteilles en verre.

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    Les bus... Non pas ceux de grande ligne, où il est parfois plus confortable de voyager que dans un avion... mais les mini-bus, combis, collectivos, chicken-bus dont le trajet ne vaut pas grand chose et qui sont essentiellement empruntés par les locaux. Ils appartiennent à de petites compagnies, mais le chauffeur gère lui-même son business. La décoration est parfois chargée, très chargée, et se mêlent indifféremment images religieuses de Jésus, Marie, Joseph... avec des personnages de WaltDisney, des joueurs de football, des catcheurs, ou encore des images gothiques... C'est un véritable travail, et durant un long trajet, on peut vraiment s'occuper à tout observer !

    Le chauffeur est aidé dans son travail par un "ayudante", souvent jeune, qui fait payer les passagers, et rabat les clients en criant depuis la porte ouverte, la destination du bus.

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    L'artisanat est encore très développé, et le système D est de rigueur. On trouve toutes sortes de métiers originaux dans les rues comme les "vendeurs de minutes" (qui prêtent un téléphone portable pour passer un coup de fil, officiel et très utilisé en Colombie), vendeur de télécommande de télévision (très courant), vendeurs de confiseries (qui donne d'abord la marchandise dans les bus ou les voitures, et demandent ensuite à payer... heureusement, on peut refuser !), écrivains publics... Je repense aussi à ce vieil homme, qui posté à l'entrée d'un immeuble avec une simple photocopieuse, propose ses services pour une poignée de pesos. Dans la rue, on vit de rien, on vend de tout.

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    Il est difficile de définir une population plus accueillante qu'une autre. En général, ce sont des pays très ouverts au tourisme, et dont les habitants ont une réelle envie de partager les richesses afin de donner une autre image aux touristes abreuvés des images négatives et stéréotypées que donnent la télévision. Les violences et guérillas ne concernent finalement qu'une petite partie de chaque pays. Les populations préfèrent parfois les narcotrafiquants aux politiciens et policiers corrompus qui leur font plus de mal.

    En tant que touriste, et pour gagner la confiance des locaux, il faut parfois se justifier de ne pas être là pour le tourisme sexuel ou la drogue, dont ces pays souffrent beaucoup. Les locaux eux-même sont peu nombreux à consommer, l'image que nous avons de ces pays n'est pas juste. Ce sont des pays producteurs, mais beaucoup moins consommateurs que ne le sont les Etats-Unis ou l'Europe.

    Les grandes villes ont tendance à ressembler aux nôtres d'un point de vue de l'esprit "chacun pour soi" et "si je peux t'arnaquer je le fais avec plaisir". Les villes plus petites et les villages sont généralement plus paisibles et accueillants pour les voyageurs. On y prend le temps de vivre aussi. Le trajet en bus dure rarement le temps indiqué car il n'est pas rare de voir le chauffeur s'arrêter pour discuter avec un collègue, aller uriner en bord de route (Mexique), ou s'arrêter casser la croûte (même pour trois petites heures de trajet). Il est aussi beaucoup plus facile de rencontrer et parler à de parfaits inconnus. Ce sont les "amis à usage unique", le temps d'un court trajet parfois. Il n'est pas rare non plus de voir deux personnes qui ne se connaissaient pas avant de monter dans le bus, en descendre en se faisant une accolade et en échangeant un numéro de téléphone pour se rendre un service ou entrer en affaire (Colombie).

    Il y a un fossé souvent énorme entre les couches de la population : Les riches sont très riches et les pauvres, très pauvres. La ville de Panama ou les plages séparées d'Acapulco sont terrifiantes pour cela.

    Ces pays souffrent également, et malheureusement comme beaucoup d'autres du racisme. Il faut dire qu'on y trouve un grand mélange d'ethnies, depuis les Indigènes, en passant par les colonisateurs européens, ou encore les descendants des esclaves africains. Mais ces mélanges ne sont que positifs aujourd'hui et donnent une richesse culturelle vraiment grande. Je pense notamment au Guatemala avec sa population maya, ses indigènes, sa population des terres centrales, et sa population garifuna, noire et quasi-anglophone de la côte caribéenne. On peut voir aussi l'importance biologique des mélanges entre ethnies, qui permettent d'éviter des problèmes génétiques (comme l'albinisme) que rencontrent aujourd'hui les Kunas ("race pure" depuis de nombreuses générations au Panama).

    L'Européen est vite reconnaissable, et souvent assimilé comme Gringo avec les Etatsuniens : Il faut parfois même insister pour parler en espagnol...

    Les locaux qui m'ont accueilli font généralement partie de la couche médiane de la population. On travaille généralement plus qu'en France, en cumulant parfois deux jobs, pour au final gagner beaucoup moins. Mais il est rare de les entendre se plaindre de cette situation. L'envie de voyages, de découvrir ce qui se passe ailleurs, est commune. Et en ce qui me concerne, je ne cherche pas à fuir son pays, mais à en découvrir d'autres si enrichissants par leur diversité, pour mieux apprécier au retour une certaine qualité de vie que l'on ne voit pas toujours au quotidien.

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    ___Brèves de comptoir___

    . MEXIQUE . Au cours du mois d'Octobre, dans le petit village de Colola, un bal est organisé chaque samedi. Tous les habitants se regroupent en cercle sur la place centrale, où l'on boit et écoute de la musique. Lorsque l'on veut danser, on peut choisir entre une des trois jeunes filles élues, et pour cela, il faut donner dix pesos à sa tante. A la fin du mois, l'argent que chaque fille a remporté est compté, et celle qui a gagné le plus est élue "reine" du village.

    . MEXIQUE . Quand on monte dans un bus grande ligne, il n'est pas rare de voir un policier passer dans l'allée centrale avec une caméra et filmer le visage de chaque voyageur. On a l'impression que l'on risque de se faire enlever, mais finalement il ne se passe jamais rien. Le sud mexicain est vraiment paisible.

    . MEXIQUE . Se rendre dans les comedors de bon matin est une belle expérience. Ils sont souvent situés au centre des marchés alimentaires, et il faut avoir les tripes solidement accrochées pour passer devant les stands des bouchers et poissonniers, qui ne sont pas encore ennuyés par les normes d'hygiène que l'on connaît trop bien en Europe. Pour deux euros, le petit dej' local est un repas complet, qui bien souvent suffit à tenir jusqu'au soir. Les comedors sont des genres de cuisines ouvertes, où l'on s'installe face aux cuisinières pour déguster ce qu'elles nous proposent.

    . MEXIQUE . La personne à qui l'on demande sa direction lorsque l'on est perdu, ne peut répondre par la négative. C'est comme si elle avait pour obligation d'aider, si elle ne pouvait pas laisser un étranger perdu. Cela part d'un bon sentiment, mais parfois cela peut amener à marcher pendant un moment, avant de finalement se rendre compte que les indications étaient fausses.

    . GUATEMALA . Ces Français qui nous font honte... Conversation à la sortie des toilettes d'un comedor "Ah, je n'ai vraiment pas pu jeter le papier dans la poubelle, c'est vraiment répugnant, et tant pis si je bouche les WC !". Oui, dans tous les pays traversés, on ne jette pas le papier directement dans les toilettes pour éviter d'engorger le système d'évacuation, mais dans une petite poubelle placée à côté. Ca ne change finalement pas grand chose, c'est plutôt une habitude à prendre, mais certains ont du mal...

    . GUATEMALA . Les auberges de jeunesse sont devenues des lieux SURconnectés. La grande majorité des voyageurs transportent avec eux leurs ordinateurs portables et leurs i-phones, et quand on arrive dans une auberge on trouve souvent des tablées de jeunes connectés au WIFI. La convivialité des auberges s'est perdue en quelques années...

    . GUATEMALA . Le centre-ville de la capitale est peu sûr, et il n'est pas vraiment recommandé d'y marcher de nuit. La vie des classes moyennes et supérieures s'organise en périphérie, dans des résidences protégées, et les sorties (même pour acheter du pain) se font toutes en voiture. On se rend dans les grands centres commerciaux qui proposent toutes sortes de commerces et de loisirs.

    . HONDURAS . Sur l'île d'Utila, les animaux de compagnie changent vraiment de chez nous. Ainsi, on peut croiser une jeune fille avec un singe dans le panier à l'avant de son scooter, ou encore se rendre à l'épicerie et se retrouver dans la file d'attente pour payer derrière un vieux monsieur en chemise hawaïe nne avec un perroquet sur l'épaule.

    . NICARAGUA . La population lutte contre la mendicité, et ne donne pas de pièces à ceux qui demandent sans proposer un service en retour. Il y a donc de nombreux vendeurs improvisés d'un peu tout et n'importe quoi. Et le chauffeur de bus par exemple, préfèrera payer des glaces à trois enfants plutôt que de leur donner les pièces qu'ils réclament.

    . COSTA RICA . Pour la période des fêtes de fin d'année, la loterie nationale propose de gagner un gros paquet d'argent. On trouve des vendeurs de billets de loterie à chaque coin de rue, et en fin de journée des files d'attente se créent pour acheter un billet avec le numéro de série recherché.

    . PANAMA . Lors du passage de frontière entre Le Costa Rica et le Panama, on demande à tous les passagers du bus de descendre et d'entrer dans une pièce avec leurs bagages. Après de longues minutes d'attente, une vieille dame, responsable des contrôles de la douane arrive, et commence à faire l'appel des passagers, un par un. On se croirait de retour à l'école. Enfin, ça détend l'atmosphère, et offre quelques bonnes parties de rire, car les noms des voyageurs japonais, étatsuniens ou norvégiens ne sont pas des plus faciles à prononcer pour elle.

    . COLOMBIE . Le pays du café. Lors d'un trajet en bus dans des routes sinueuses de montagne, deux enfants tombent malades, et en viennent à vomir. Avec la chaleur, l'odeur devient vite difficile à supporter pour tout le monde. L'ayudante a alors la bonne idée d'acheter des sachets de café afin de s'en servir comme on le ferait chez nous avec de la sciure. Méthode très efficace.

    . COLOMBIE . La culture de la rumba. Peu importe ce que l'on a vécu dans sa journée, quand on sort pour faire la fête, on l'a fait vraiment. Dans les clubs de salsa, comme à Cali, on sort pour danser toute la nuit. Tout le monde danse avec tout le monde, sans aucun sous-entendu. Les visages des danseurs sont sérieux car la salsa demande une certaine concentration, mais après chaque chanson, on se congratule dans une bonne-humeur qui fait plaisir à voir. 

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    Du Mexique à la Colombie

    Je prends donc l'avion de Bogotá pour me rendre à Buenos Aires, où débutera la seconde partie de cette aventure. En voyage, il faut jongler avec beaucoup de choses, et le climat est l'une des plus importante... Si je veux avoir une chance de me rendre en Patagonie dans des conditions acceptables, je n'ai d'autre choix que d'y aller maintenant. Il me faut aussi attendre le mois d'avril pour éviter la saison de pluie au Pérou.

    Après Buenos Aires, donc, direction le sud de l'Argentine, avant de remonter par les Andes jusqu'en Bolivie. Enfin, le programme n'est toujours pas fixé, je vais me laisser guider par les locaux et les autres voyageurs que je rencontre sur ma route, car ça a plutôt bien fonctionné jusqu'à maintenant.

    Après m'être longtemps dirigé vers le sud, et après avoir atteint la pointe argentine, la boussole devrait donc bientôt indiquer le nord...

     Du Mexique à la Colombie

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